
Bruit, métro : ce que le calme vaut au m² à Paris
Dans cet articleafficher
- 1Le chiffre : ce que le bruit retire au prix d'un appartement à Paris
- 2Le métro au pied de l'immeuble ne se paie pas, l'éloignement si
- 3Bruit et métro vont ensemble
- 4Les grands logements paient l'éloignement, les petits paient le bruit
- 5Pourquoi les prix bruts ne montrent rien
- 6Ce que disent les études ailleurs
- 7Lire la carte du bruit avant une visite
- 8Ce que la donnée ne voit pas : façade, cour, étage, fenêtres
- 9Méthode et limites
- 10Questions fréquentes sur le bruit, le métro et le prix d'un appartement à Paris
À Paris, le prix d'un appartement dépend moins du bruit qu'on ne le croit, et moins du métro qu'on ne le dit. À caractéristiques comparables, une adresse exposée à plus de 75 dB s'est vendue 3,5 % moins cher qu'une adresse calme entre 2023 et 2025 ; une adresse à plus de 500 m de toute station, 3,7 % moins cher qu'une adresse à distance normale ; et une adresse au pied du métro, à moins de 150 m, 0,5 % moins cher, pas plus cher. Ces trois chiffres ne viennent pas d'un baromètre : nous les avons calculés sur 79 742 ventes d'appartements parisiens enregistrées par l'administration fiscale, croisées avec la position de chaque station et avec les cartes de bruit de la préfecture.
Nous chassons pour des acheteurs, à Paris intra-muros, et le bruit revient à chaque visite : « la rue est passante, est-ce que c'est déjà dans le prix ? ». Les réponses qui circulent, de 5 à 30 % selon les articles, ne citent jamais leur source. Ce guide vous donne notre mesure, la méthode qui la produit, ses limites, et ce qu'elle change quand vous lisez une annonce, visitez un bien et posez une offre.
📊 Le chiffre : ce que le bruit retire au prix d'un appartement à Paris
Le tableau ci-dessous donne, pour chaque bande de bruit, l'écart de prix au m² mesuré sur les ventes de 2023 à 2025 par rapport à une adresse classée sous 55 dB. Le niveau est le Lden, l'indicateur réglementaire européen qui moyenne le bruit du jour, de la soirée et de la nuit en pénalisant les deux dernières. « Comparable » a un sens précis : le modèle compare des ventes du même trimestre, dans le même arrondissement, pour une même tranche de surface, une même période de construction, un même étage et une même étiquette énergétique.
| Bruit à l'adresse (Lden) | Écart de prix au m² (2023-2025) | Intervalle à 95 % | Part des ventes parisiennes |
|---|---|---|---|
| Moins de 55 dB | référence | référence | 52,0 % |
| 55 à 60 dB | −1,4 % | −2,0 % à −0,9 % | 12,5 % |
| 60 à 65 dB | −2,5 % | −3,2 % à −1,9 % | 7,5 % |
| 65 à 70 dB | −1,8 % | −2,4 % à −1,1 % | 9,0 % |
| 70 à 75 dB | −2,2 % | −2,7 % à −1,7 % | 17,2 % |
| Plus de 75 dB | −3,5 % | −5,0 % à −2,1 % | 1,7 % |
Calcul Comète sur les ventes DVF d'appartements à Paris, 2023-2025 (n = 79 742), bruit routier et ferroviaire des cartes stratégiques 2022. La part des ventes est calculée sur 2021-2025.
Trois lectures. D'abord, la décote existe et elle est nette : dès 55 dB, le marché retire quelque chose, et l'intervalle de confiance ne recouvre jamais zéro. Ensuite, elle est modeste : entre 1,4 % et 3,5 %, très loin des 10 à 30 % que l'on lit dans la presse grand public. Enfin, elle n'est pas régulière. La bande 60-65 dB ressort plus pénalisée (−2,5 %) que la bande 65-70 dB (−1,8 %), et cet ordre se retrouve chaque année de 2021 à 2025. Nous ne savons pas écrire « chaque décibel coûte tant » à partir de ce calcul, et nous nous en garderons : le marché parisien paie un calme ou un bruit par paliers, pas au décibel près.
📐 Ce que mesure vraiment ce chiffre
Le bruit retenu est celui de l'adresse, lu sur la carte réglementaire au point où l'administration a géolocalisé la vente. Le modèle ne sait pas si l'appartement donne sur la rue ou sur la cour, s'il a du double vitrage, ni ce qu'on entend fenêtre ouverte à 23 h. La décote mesurée est donc celle d'une adresse bruyante en moyenne, appartements sur cour compris. Pour un appartement réellement sur rue, l'écart propre est sans doute plus grand ; pour un appartement sur cour dans la même rue, plus petit. C'est ce que la visite tranche, et nous y revenons plus bas.
Un ordre de grandeur pour fixer les idées : sur un 60 m² à 10 000 €/m², soit 600 000 €, la décote d'une rue à 70-75 dB représente environ 13 000 €, celle d'une adresse au-delà de 75 dB environ 21 000 €. C'est réel, c'est négociable, et ce n'est pas une remise de 100 000 €.
🚇 Le métro au pied de l'immeuble ne se paie pas, l'éloignement si
La croyance la plus répandue chez les acheteurs que nous accompagnons est que la proximité immédiate du métro fait monter le prix. À Paris, c'est faux. Nous avons mesuré la distance de chaque vente à la station de métro ou de RER la plus proche, puis comparé quatre tranches, la référence étant l'adresse située entre 150 et 300 m d'une station, la situation la plus courante : près d'une vente sur deux.
| Distance à la station la plus proche | Écart de prix au m² (2023-2025) | Intervalle à 95 % | Part des ventes parisiennes |
|---|---|---|---|
| Moins de 150 m | −0,5 % | −1,0 % à −0,1 % | 25,3 % |
| 150 à 300 m | référence | référence | 48,0 % |
| 300 à 500 m | −1,0 % | −1,4 % à −0,5 % | 23,7 % |
| Plus de 500 m | −3,7 % | −4,6 % à −2,8 % | 3,0 % |
Calcul Comète, ventes DVF 2023-2025 (n = 79 742), stations métro et RER du jeu de données d'Île-de-France Mobilités. La part des ventes est calculée sur 2021-2025.
À Paris, une vente d'appartement se fait en médiane à 219 m d'une station. Le réseau est si dense que la proximité n'est pas un avantage rare : elle est la norme, et le marché ne paie pas la norme. Ce qu'il sanctionne, c'est l'exception : les 3 % de ventes situées à plus de 500 m de toute station, pour la plupart en bordure de Paris, se font 3,7 % moins cher à arrondissement et caractéristiques comparables. Cette décote est la plus stable de tout notre calcul : entre −3,2 % et −4,5 % chaque année depuis 2021.
Le pied du métro, lui, est neutre à légèrement négatif. Les −0,5 % de la période 2023-2025 tiennent surtout à l'année 2025 (−1,0 %) ; les années précédentes, l'écart n'était pas distinguable de zéro. Autrement dit, le vendeur qui ajoute « métro au pied de l'immeuble » à son annonce ne vend pas plus cher que son voisin de la rue parallèle.
Hors de Paris, le tableau est différent, et c'est de là que vient la croyance. Dans les villes où le réseau est moins dense, une étude de la société Homadata relayée par MoneyVox en 2021 chiffrait à 7,7 % l'écart moyen entre un bien à moins de 500 m d'une station et un bien plus éloigné, avec un effet d'autant plus fort que le réseau est clairsemé. Même en proche banlieue, l'effet n'a rien d'automatique : les Notaires du Grand Paris, dans une note d'avril 2025 reprise par MySweetImmo, ne constataient pas d'effet systématique sur les prix dans un rayon de 800 m autour des nouvelles gares de la ligne 14.
🔀 Bruit et métro vont ensemble
Les deux effets ne se lisent pas séparément, parce que les deux situations se recouvrent. Une station de métro est presque toujours posée sur un axe : boulevard, avenue, carrefour. Dans notre base, 35 % seulement des ventes à moins de 150 m d'une station sont à une adresse calme (sous 55 dB), contre 57 % des ventes situées entre 150 et 300 m. À l'inverse, un quart des ventes au pied d'une station (25,3 %) sont en bande 70-75 dB, contre 14,2 % un peu plus loin. Le métro au pied de l'immeuble, c'est le plus souvent la rue bruyante avec.
Nous avons donc refait le calcul en croisant les deux, sur les cinq années, avec pour référence l'adresse « normale » : à 150 m ou plus d'une station et sous 65 dB.
| Situation de l'adresse | Écart de prix au m² (2021-2025) | Intervalle à 95 % |
|---|---|---|
| À 150 m ou plus d'une station, moins de 65 dB | référence | référence |
| À moins de 150 m, moins de 65 dB | 0,0 % | −0,3 % à +0,4 % |
| À 150 m ou plus, 65 dB et plus | −1,1 % | −1,4 % à −0,8 % |
| À moins de 150 m, 65 dB et plus | −2,0 % | −2,5 % à −1,6 % |
Calcul Comète, ventes DVF 2021-2025 (n = 143 325), mêmes contrôles que le modèle principal.
La lecture est limpide. Un appartement au pied du métro dans une rue calme ne perd rien : le métro seul est neutre. Un appartement bruyant loin du métro perd 1,1 %. Un appartement bruyant au pied du métro perd 2,0 %, c'est-à-dire la décote du bruit, à laquelle s'ajoute la situation de carrefour qui va avec une station. Quand vous lisez « deux minutes du métro » dans une annonce, la question à poser n'est pas « est-ce un plus ? » mais « sur quoi donne la fenêtre ? ».
📐 Les grands logements paient l'éloignement, les petits paient le bruit
La décote n'est pas la même selon ce qu'on achète. En découpant le calcul par tranche de surface sur les cinq années, deux profils apparaissent, et ils sont presque symétriques.
- →L'éloignement du métro coûte d'autant plus que le logement est grand : à plus de 500 m d'une station, −2,8 % pour un studio de moins de 30 m², −3,6 % entre 30 et 60 m², −5,6 % entre 60 et 100 m², −5,9 % au-delà de 100 m². Une famille paie l'éloignement deux fois plus cher qu'un étudiant, parce qu'elle a des trajets à multiplier chaque matin.
- →Le pied du métro ne coûte qu'aux grands logements : +0,2 % pour les moins de 30 m² et −0,4 % entre 30 et 60 m², deux écarts non significatifs ; −1,2 % entre 60 et 100 m² et −2,2 % au-delà de 100 m². L'acheteur d'un studio veut la station en bas ; l'acheteur d'un quatre-pièces préfère la rue d'à côté.
- →Le bruit pèse sur les petites et moyennes surfaces : en bande 60-65 dB, −1,6 % sous 30 m², −3,1 % entre 30 et 60 m², −4,7 % entre 60 et 100 m². Au-delà de 75 dB, −4,5 % pour les studios et −3,4 % à −3,7 % entre 30 et 100 m².
- →Au-delà de 100 m², le bruit ne ressort plus : aucune bande n'a d'écart statistiquement distinguable de zéro. Les grands appartements bruyants sont ceux des boulevards et des avenues, souvent dans de beaux immeubles à double exposition : ce que le modèle lit comme une adresse bruyante est, pour l'acheteur, un salon sur l'avenue et des chambres sur cour.
Ce dernier point est important pour qui cherche un appartement familial : à Paris, le bruit de l'adresse n'est pas un argument de prix sur un grand logement. Ce qui l'est, c'est la distribution des pièces. Un trois-pièces traversant d'un boulevard se négocie sur l'orientation de ses chambres, pas sur la carte du bruit.
🧮 Pourquoi les prix bruts ne montrent rien
Si vous comparez simplement les prix médians, vous ne verrez aucune décote au bruit. Sur 2021-2025, le prix médian d'une adresse sous 55 dB est de 10 356 €/m² ; celui d'une adresse au-delà de 75 dB, de 10 360 €/m². Rigoureusement le même. Une étude publiée en octobre 2026 par la plateforme Ting, limitée à un seul arrondissement et fondée sur une comparaison de voisinage, conclut d'ailleurs qu'une rue bruyante s'y vend au même prix au m² qu'une rue calme. Nos médianes brutes disent la même chose. Elles se trompent, et il faut comprendre pourquoi.
Les adresses bruyantes de Paris sont les boulevards haussmanniens, les avenues, les grands carrefours : là où se trouvent les immeubles en pierre de taille, les étages nobles, les ascenseurs, les surfaces généreuses. Les adresses calmes comptent davantage de petites rues, de cours, d'immeubles faubouriens, de chambres sous les toits. Comparer les médianes, c'est comparer un cinq-pièces sur le boulevard à un deux-pièces en fond de cour, et trouver que le bruit ne coûte rien. Le modèle fait l'inverse : il compare le cinq-pièces du boulevard au cinq-pièces de la rue calme du même arrondissement, construit à la même époque, vendu le même trimestre. Et là, l'écart apparaît.
La distance au métro montre le piège dans l'autre sens. Le prix médian des ventes à plus de 500 m d'une station est de 9 334 €/m², contre 10 458 €/m² entre 150 et 300 m : un écart brut de près de 11 %. Mais ces adresses éloignées sont surtout aux portes de Paris, dans des arrondissements moins chers. À arrondissement comparable, l'écart tombe à 3,7 %. Le chiffre brut exagère l'effet du métro et efface celui du bruit ; seul le calcul à caractéristiques comparables donne la bonne taille aux deux.
⚠️ Ne lisez pas une décote dans un prix affiché
Un vendeur sur une rue passante qui affiche 200 €/m² sous le prix médian du quartier n'a pas « intégré le bruit ». Il a peut-être un rez-de-chaussée, une cuisine de 1985 ou un appartement plus grand que la moyenne du secteur. La décote du bruit ne se lit que par rapport à des ventes récentes de biens comparables, dans la même rue ou les rues voisines, de même époque et de même taille. C'est ce que fait notre modèle à l'échelle de Paris, et ce que nous refaisons à l'échelle d'un bien avant chaque offre.
🌍 Ce que disent les études ailleurs
Notre mesure n'est pas isolée. La littérature économique sur le bruit routier et les prix immobiliers est abondante, et elle converge sur un ordre de grandeur. Une revue publiée dans le Journal of the Acoustical Society of America en 2015 (Bristow et Thanos) rappelle que les études hédoniques trouvent une dépréciation de 0,08 % à 2,21 % du prix par décibel supplémentaire, selon la ville, le type de logement et la méthode. Une étude de 2023 sur 16 247 appartements géolocalisés à Poznań (Trojanek) mesure −0,12 % par décibel pour le bruit routier, contre −0,32 % pour le tramway et −0,59 % pour le bruit aérien, et constate que le bruit routier sous 60 dB n'a pas d'effet mesurable.
Notre résultat se situe dans le bas de cette fourchette, du côté des grandes villes denses où le logement est rare. Notre gradient n'est pas régulier, et nous ne proposons aucune règle par décibel. Ce que l'on retient de la comparaison, c'est que Paris paie le calme comme les autres métropoles européennes, c'est-à-dire modestement, et que la pénurie de logements y compresse encore la décote. C'est le même mécanisme que nous avons observé pour la décote d'une étiquette énergétique F ou G : trois fois plus faible à Paris que dans le reste du pays.
🗺️ Lire la carte du bruit avant une visite
La carte que nous avons utilisée est publique. Elle s'appelle « carte de bruit stratégique », elle est imposée par une directive européenne de 2002, refaite tous les cinq ans, et la version en vigueur pour Paris est celle de l'échéance 2022, publiée par la DRIEAT Île-de-France sur data.gouv.fr. Bruitparif la rend consultable adresse par adresse. Voici comment la lire en acheteur.
- →Deux indicateurs : le Lden, moyenne sur 24 heures qui majore la soirée de 5 dB et la nuit de 10 dB, et le Ln, bruit de la seule nuit (22 h à 6 h). Pour une chambre, regardez le Ln ; pour un séjour ou un bureau, le Lden.
- →Deux seuils : l'Organisation mondiale de la santé recommande depuis 2018 de rester sous 53 dB Lden et 45 dB Ln pour le bruit routier ; la valeur limite réglementaire française est de 68 dB Lden. Notre référence « sous 55 dB » est proche du seuil de l'OMS : c'est le calme au sens sanitaire, pas le silence.
- →Des bandes, pas des points : la carte est une modélisation du trafic par bandes de 5 dB, calculée à 4 m de hauteur devant les façades, pas une mesure. Elle ne connaît ni votre étage, ni vos fenêtres, ni la cour.
- →Trois sources séparées : routier, ferroviaire et aérien. À Paris, l'aérien ne compte pas ; notre calcul retient, pour chaque adresse, la plus élevée des bandes routière et ferroviaire.
L'enjeu n'est pas marginal. D'après la fiche « bruit routier » du rapport annuel 2024 de la Ville de Paris et de Bruitparif, 227 913 Parisiens, soit 10,5 % de la population, vivent au-dessus du seuil réglementaire de 68 dB Lden, et 86 601 (4 %) au-dessus du seuil nocturne de 62 dB Ln. Dans nos ventes, 18,9 % des adresses sont en bande 70 dB et plus : le marché des appartements bruyants n'est pas une niche, c'est près d'une vente sur cinq.
💡 La carte est un instantané, la rue change
La carte de 2022 fige un trafic qui bouge. Aux stations de mesure permanentes de Bruitparif, le niveau moyen a baissé de 4,4 dB porte d'Auteuil, sur le périphérique, et de 3,7 dB place Saint-Michel depuis 2012, selon la même fiche. Une rue passée en zone 30, en sens unique ou piétonne n'a plus le bruit de sa carte, et son prix n'a pas forcément suivi. Pour situer un quartier précis, ses prix et ses avis, utilisez notre page des secteurs et prix par arrondissement : cet article mesure Paris en entier, pas une rue.
👂 Ce que la donnée ne voit pas : façade, cour, étage, fenêtres
Tout ce qui précède mesure une adresse. Vous achetez un appartement. Entre les deux, il y a quatre choses que la carte ignore et que seule la visite révèle, et c'est précisément là que se fait la différence entre un acheteur seul et un acheteur accompagné.
- →L'orientation. Dans un même immeuble sur boulevard, l'appartement côté cour et l'appartement côté rue ont la même bande sur la carte et vingt décibels d'écart dans la chambre. Les mesures publiées par des professionnels de la location donnent quelques décibels d'écart fenêtre ouverte entre une pièce sur rue et une pièce sur cour ; fenêtre fermée et de nuit, l'écart ressenti est bien plus grand. L'annonce dit rarement « sur rue ». Le plan le dit toujours.
- →L'étage. Monter ne protège pas autant qu'on le croit : dans une rue étroite, les façades renvoient le bruit vers les étages, et sur un boulevard large rien ne l'arrête. Le rez-de-chaussée cumule bruit de la rue et bruit des passants ; le dernier étage échappe aux voisins du dessus, pas au boulevard.
- →Les fenêtres. Entre un simple vitrage d'origine et un double vitrage acoustique récent, sur une adresse à 70 dB, la différence est celle d'une chambre où l'on dort et d'une chambre où l'on ne dort pas. Le diagnostic de performance énergétique vous dit l'âge des menuiseries ; le devis d'un menuisier vous dit ce que coûte de les changer, et ce devis a sa place dans votre offre.
- →L'heure. Une visite à 14 h un mardi, fenêtres fermées, ne vous apprend rien. Le bruit d'une rue se juge à 8 h 30 et à 23 h, un jour de semaine, fenêtre ouverte dans la chambre. Si un bien vous plaît, revenez-y le soir avant d'écrire une offre.
Ces quatre points changent la façon de négocier. La décote mesurée ici est une moyenne d'adresse : elle vous dit ce que le marché retire en général, pas ce que vous devez retirer en particulier. Un appartement sur cour dans une rue bruyante a déjà « encaissé » une décote qu'il ne mérite pas : c'est une occasion. Un appartement sur rue dans une rue bruyante mérite plus que la moyenne : c'est un argument, à condition de l'adosser à des ventes comparables et à un devis de fenêtres. Notre guide sur la négociation du prix d'un appartement à Paris détaille la mécanique : une offre se gagne sur les pièces, pas sur les principes.
📍 Exemple reconstitué : un trois-pièces sur un boulevard
Un 62 m² au troisième étage d'un immeuble de 1890, séjour et une chambre sur un boulevard en bande 70-75 dB, seconde chambre sur cour, affiché 640 000 €, soit 10 320 €/m². Deux ventes récentes de biens comparables dans les rues calmes voisines ressortent autour de 10 400 €/m². L'écart de marché mesuré pour cette bande, 2,2 %, situe une adresse bruyante moyenne autour de 10 170 €/m², soit 630 000 € pour ce bien ; le devis des menuiseries d'origine côté boulevard s'y retranche. L'offre documentée se pose à 615 000 €, pièces à l'appui, et le vendeur l'accepte parce qu'elle est justifiée. Les chiffres de cet exemple sont reconstitués à partir de nos mesures, pas tirés d'une mission particulière.
🔬 Méthode et limites
Un chiffre sans méthode ne vaut rien. Voici comment celui-ci est produit, et ce qu'il ne sait pas faire. Le calcul reprend le pipeline de nos deux premières notes sur l'étiquette énergétique et sur la taille de la copropriété, auquel nous avons ajouté deux couches géographiques.
- →Les ventes : la base Demandes de valeurs foncières géolocalisées publiée sur data.gouv.fr à partir des données de la DGFiP, Paris, millésimes 2021 à 2025, nettoyée comme pour nos notes précédentes : 143 500 ventes d'un seul appartement, dont 143 325 géolocalisées.
- →Les stations : le jeu « Gares et stations du réseau ferré d'Île-de-France » d'Île-de-France Mobilités, dont nous gardons les stations de métro et de RER. La distance est mesurée à vol d'oiseau, en mètres, entre le point géolocalisé de la vente et la station la plus proche.
- →Le bruit : les cartes de bruit stratégiques de Paris, échéance 2022, sources routière et ferroviaire, en Lden. Chaque vente reçoit la bande de 5 dB qui contient son point ou passe à moins de 20 m (les bandes s'arrêtent aux façades), la plus élevée des deux sources ; une adresse sans bande est classée « moins de 55 dB ».
- →Le modèle : une régression du logarithme du prix au m² sur la tranche de distance, la bande de bruit, le trimestre de vente, la tranche de surface, l'arrondissement, l'étiquette énergétique quand elle est connue, la période de construction et l'étage. Les intervalles sont calculés avec des écarts-types robustes.
- →Les effectifs : 79 742 ventes pour le chiffre de tête (2023-2025), 143 325 pour les résultats sur cinq ans et par surface. Le modèle explique 29,6 % de la variance des prix. Les décotes de l'éloignement et du bruit ne bougent pas quand on retire l'étiquette énergétique ni quand on ne garde que les ventes appariées à un diagnostic. Estimé sans le bruit, le pied du métro ressort à −1,0 % au lieu de −0,5 % : la moitié de ce que l'on attribue au métro est en réalité la rue qui va avec.
Ce qu'il ne sait pas faire, sans complaisance.
- →Il mesure l'adresse, pas la façade. Le point géolocalisé est celui de l'adresse ou de la parcelle. Un appartement sur cour dans une rue bruyante est classé bruyant ; la décote d'une vraie façade sur rue est donc sous-estimée, celle d'une cour surestimée.
- →La carte est une modélisation, pas une mesure : trafic modélisé de 2022, bandes de 5 dB, et l'absence de bande ne signifie pas le silence. Le rayon de 20 m peut capter une rue voisine.
- →La station n'est pas la bouche : nous prenons la position de la station, pas celle de ses accès, et nous confondons métro et RER. Le tramway et les lignes de banlieue sont ignorés.
- →Le modèle ne voit ni le standing ni la vue. Bruit et métro vont avec les grands axes, les commerces, les beaux immeubles ; nous contrôlons l'arrondissement, l'époque, la surface, l'étage et l'étiquette, pas la pierre de taille ni la vue. Une part de ce que nous attribuons au bruit peut tenir à l'immeuble.
- →L'éloignement est rare et périphérique : les ventes à plus de 500 m d'une station représentent 3 % de la base, surtout en bordure de Paris. L'arrondissement est contrôlé, le micro-quartier ne l'est pas.
Nous mettrons ce calcul à jour à chaque nouveau millésime de ventes et à la prochaine échéance des cartes de bruit. La méthode et les résultats complets sont documentés et reproductibles ; si vous êtes journaliste, chercheur ou simplement curieux, écrivez-nous.
❓ Questions fréquentes sur le bruit, le métro et le prix d'un appartement à Paris
Un appartement bruyant se vend-il moins cher à Paris ?
Oui, mais modestement. D'après notre calcul sur les ventes parisiennes de 2023 à 2025, une adresse en bande 70-75 dB s'est vendue 2,2 % moins cher au m² qu'une adresse sous 55 dB, à arrondissement, surface, époque, étage et trimestre comparables, et 3,5 % moins cher au-delà de 75 dB. La décote apparaît dès 55 dB mais n'est pas régulière d'une bande à l'autre ; on est très loin des 10 à 30 % parfois avancés.
Habiter au pied du métro fait-il monter le prix d'un appartement à Paris ?
Non. À moins de 150 m d'une station de métro ou de RER, l'écart est de −0,5 % par rapport à une adresse située entre 150 et 300 m, et il n'est significatif que sur l'année 2025. Le réseau parisien est si dense (219 m de distance médiane à une station) que la proximité est la norme. Ce qui coûte, c'est l'éloignement : −3,7 % au-delà de 500 m, une situation qui ne concerne que 3 % des ventes.
Comment savoir si une adresse est bruyante avant de visiter ?
Consultez la carte de bruit stratégique de Paris, publiée par la DRIEAT sur data.gouv.fr et consultable adresse par adresse chez Bruitparif, en regardant le Lden (24 heures) pour les pièces de jour et le Ln (nuit) pour les chambres. Puis vérifiez sur place, le matin et le soir, fenêtre ouverte, côté rue et côté cour : la carte situe l'adresse, elle ne dit rien de l'orientation de l'appartement.
Un appartement sur cour échappe-t-il à la décote ?
Notre calcul ne peut pas le dire : les ventes sont géolocalisées à l'adresse, pas à la façade, donc un appartement sur cour d'une rue bruyante est compté comme bruyant. En pratique, c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'acheteur : il profite du calme sans payer la rue, et il peut parfois négocier une décote d'adresse que son appartement ne mérite pas. C'est à la visite que la différence se constate, et dans l'offre qu'elle se joue.
Que représentent 3,5 % sur le prix d'un appartement parisien ?
Sur un 60 m² à 10 000 €/m², soit 600 000 €, environ 21 000 €. La décote d'une rue à 70-75 dB (2,2 %) représente environ 13 000 € sur le même bien, celle d'une adresse à plus de 500 m du métro (3,7 %) environ 22 000 €. Ces montants se comparent au devis de fenêtres acoustiques avant de poser une offre : c'est le vrai arbitrage de l'acheteur.
À partir de combien de décibels le bruit est-il considéré comme excessif ?
L'Organisation mondiale de la santé recommande de rester sous 53 dB Lden et 45 dB Ln pour le bruit routier. La valeur limite réglementaire française est de 68 dB Lden : d'après la Ville de Paris et Bruitparif, 227 913 Parisiens, soit 10,5 % de la population, vivent au-dessus. Notre référence « moins de 55 dB » correspond au calme au sens sanitaire ; plus de la moitié des ventes parisiennes s'y trouvent.
Les grands appartements sont-ils plus sensibles au bruit ou au métro ?
À l'éloignement du métro, oui : −5,9 % au-delà de 100 m² à plus de 500 m d'une station, contre −2,8 % pour un studio. Au bruit, non : au-delà de 100 m², aucune bande de bruit n'a d'effet statistiquement mesurable, parce que ces grands appartements bruyants sont ceux des boulevards, souvent traversants, où les chambres donnent sur cour. Pour un logement familial, l'argument de prix est la distribution des pièces, pas la carte du bruit.
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