
Acheter un dernier étage à Paris : ce qu'on achète vraiment
Dans cet articleafficher
- 1La ségrégation verticale : pourquoi le 6e était l'étage des domestiques
- 2Ce que vaut un dernier étage : +19 %, +25 %, ou rien du tout
- 3114 400 chambres de service : la matière première des derniers étages
- 4Acheter une réunion de chambres : ce que le notaire va regarder
- 5Sous le zinc : ce que le DPE ne mesure pas
- 6Carrez, sous-pentes et lumière : mesurer un appartement mansardé
- 7Surélévation : qui décide au-dessus de votre tête
- 8Cas de chasse : un dernier étage de deux chambres réunies
- 9La check-list du chasseur avant une offre sur un dernier étage
- 10FAQ : acheter un dernier étage à Paris
Il y a un moment, dans une visite au dernier étage, où l'agent s'arrête de parler. On vient de monter six étages, parfois par l'escalier de service ; la porte s'ouvre, et la lumière fait le reste. Toits de zinc à perte de vue, ciel dans chaque fenêtre, pas un voisin au-dessus. C'est l'étage le plus désiré de Paris, celui pour lequel une majorité d'acheteurs accepte de payer une surcote. C'est aussi l'étage le plus mal compris.
Ce que l'on achète sous les toits n'est presque jamais ce que l'annonce décrit. Le dernier étage à Paris, c'est d'abord un héritage : des chambres de service réunies, un règlement de copropriété qui n'a pas suivi, un couloir partagé avec des lots vides. C'est ensuite une enveloppe : quatre-vingts pour cent des toits parisiens sont en zinc, et le zinc chauffe. C'est enfin un droit : depuis 2014, le copropriétaire du dernier étage ne peut plus s'opposer seul à ce que l'on construise au-dessus de sa tête. Ce guide lit l'immeuble depuis le toit, comme nous le faisons en visite, pour que l'achat d'un dernier étage se décide sur ce qu'il est, et pas sur ce qu'il promet.
🏙️ La ségrégation verticale : pourquoi le 6e était l'étage des domestiques
Remettons les choses en place. L'immeuble parisien du XIXe siècle est construit selon une hiérarchie qui se lit de bas en haut. L'entresol pour le commerçant, le deuxième étage pour le propriétaire ou le locataire le plus riche, avec son balcon filant, puis des appartements de plus en plus modestes à mesure que l'on monte, et, tout en haut, sous les combles, les chambres de service. Julien Bigorgne, de l'Atelier parisien d'urbanisme, le résume dans une enquête de l'AFP de juin 2026 : « Il n'y avait pas vraiment de quartier riche ou pauvre, la ségrégation était surtout verticale. »
L'ascenseur a retourné cette hiérarchie. Quand monter ne coûte plus rien, l'étage qui offrait le moins, celui des domestiques, devient celui qui offre le plus : la lumière, la vue, l'absence de voisin au-dessus. Le dernier étage d'aujourd'hui est donc, dans la majorité des immeubles anciens, l'ancien étage de service, transformé lot par lot depuis les années 1960. C'est cette histoire qui explique tout le reste : les surfaces découpées, les plafonds bas, les couloirs, les règlements de copropriété qui parlent encore de « chambres » là où l'annonce parle de « trois pièces sous les toits ». Nous avons décrit cette lecture étage par étage dans notre guide de l'appartement haussmannien ; ici, nous nous arrêtons au dernier palier.
📈 Ce que vaut un dernier étage : +19 %, +25 %, ou rien du tout
La surcote du dernier étage est réelle, et elle a été mesurée une fois, sérieusement, par MeilleursAgents dans une étude publiée en mai 2017 sur 50 000 transactions à Paris et dans les dix plus grandes villes françaises. C'est, à notre connaissance, la seule mesure publiée de l'effet de l'étage sur le prix parisien : les prix absolus qu'elle contient ont vieilli, mais les écarts qu'elle décrit restent la référence, faute de mieux. Ils disent deux choses que les annonces oublient.
Dans un immeuble parisien avec ascenseur, l'appartement le plus cher est au sixième et dernier étage : 19 % de plus au mètre carré qu'au rez-de-chaussée. Si ce dernier étage est une ancienne chambre de bonne, l'écart grimpe à près de 25 %. Dans un immeuble sans ascenseur, tout s'inverse : l'étage le plus cher est le quatrième, 12,5 % au-dessus du rez-de-chaussée, et le sixième vaut légèrement moins que le deuxième, pris comme étage de référence. Autrement dit, la surcote du dernier étage n'est pas une propriété de l'étage : c'est une propriété de l'ascenseur.
| Étage (immeuble de 6 étages) | Avec ascenseur, écart vs 2e étage | Sans ascenseur, écart vs 2e étage |
|---|---|---|
| Rez-de-chaussée | -11,3 % | -8,1 % |
| 1er étage | -3,4 % | -1,7 % |
| 2e étage | Référence | Référence |
| 3e étage | +2,8 % | +2,2 % |
| 4e étage | +3,9 % | +3,4 % |
| 5e étage | +4,9 % | +0,3 % |
| 6e et dernier étage | +5,4 % | -0,6 % |
| 6e, ancienne chambre de bonne | +10,4 % | +4,4 % |
Source : MeilleursAgents, étude sur l'impact de l'étage, mai 2017 (immeuble de référence parisien de 6 étages, 35 % du parc résidentiel). Les écarts sont exprimés par rapport au 2e étage ; l'écart rez-de-chaussée / dernier étage atteint 24,8 % avec ascenseur et 13,6 % sans.
La surcote de la chambre de bonne au dernier étage mérite une explication, parce qu'elle paraît absurde : pourquoi une ancienne chambre de service vaudrait-elle plus au mètre carré qu'un vrai appartement du même étage ? Parce que le prix au mètre carré des petites surfaces est structurellement plus élevé à Paris, et parce que ces lots se vendent sur un marché à part, celui des studios et des pieds-à-terre, où l'acheteur paie la localisation plus que la surface. Ce n'est pas la chambre qui vaut cher, c'est le mètre carré parisien quand il est vendu par petites quantités.
⚠️ Il n'existe aucune mesure plus récente que 2017
Nous avons cherché une étude postérieure sur l'effet de l'étage à Paris : nous n'en avons trouvé aucune, ni chez les notaires, ni chez les portails. Les « +20 % pour un dernier étage » que vous lisez ailleurs sont des reprises de cette étude, parfois arrondies, jamais actualisées. Quand un vendeur justifie son prix par la surcote du dernier étage, il invoque une moyenne de 2017 calculée sur des immeubles avec ascenseur. Si le sien n'en a pas, l'argument tombe.
🚪 114 400 chambres de service : la matière première des derniers étages
L'Atelier parisien d'urbanisme a publié en novembre 2015 la seule étude complète sur ce parc, à partir des fichiers fonciers de la Direction générale des finances publiques. Sa note n°94 recense 114 404 chambres de service à Paris au 1er janvier 2013, et son titre dit l'essentiel : « 85 % sont inhabitées ». Ces chambres sont la matière première de la plupart des derniers étages que nous visitons. Les connaître en chiffres, c'est comprendre ce que l'on achète.
- →Une géographie de l'ouest : 78 % des chambres de service sont dans sept arrondissements (16e, 17e, 7e, 8e, 15e, 9e, 6e), et le 16e en concentre à lui seul 30 %, soit près de 34 000. C'est la carte des immeubles bourgeois construits entre 1830 et 1914.
- →Un étage précis : 57 % sont au 5e étage, 34 % au 6e, 7 % au 7e. Le « dernier étage » d'un immeuble haussmannien de six niveaux est très majoritairement un ancien étage de chambres.
- →Des surfaces minuscules : 51 % font entre 5 et 8 m², soit 58 300 chambres qui ne respectent pas le seuil de décence de 9 m² et ne peuvent pas être louées ; 42 % font entre 9 et 14 m² ; à peine 2 % dépassent 20 m².
- →Des propriétaires privés : 81 % appartiennent à des personnes physiques, le plus souvent rattachées à un appartement des étages inférieurs, comme chambre d'appoint, débarras ou simplement laissées vides.
- →Une désaffection continue : 66 000 chambres étaient occupées en 1968, 17 300 en 2011 selon les recensements de l'Insee. Le parc se vide, se réunit, se transforme, souvent sans que le fichier foncier ne l'enregistre.
Ce dernier point est celui qui compte pour un acheteur. L'APUR le note elle-même : des chambres « ont été fusionnées pour réaliser des logements plus vastes, sans que cette transformation soit toujours enregistrée dans le fichier foncier ». Traduction : une partie des trois-pièces sous les toits qui se vendent aujourd'hui sont, sur le papier, encore trois ou quatre chambres de service. Et le papier, chez le notaire, l'emporte sur les cloisons.
| Chambres de service à Paris | Nombre | Part |
|---|---|---|
| Total recensé (fichiers fonciers 2013) | 114 404 | 100 % |
| Inhabitées | environ 97 000 | 85 % |
| De 5 à 8 m² (non louables) | 58 300 | 51 % |
| De 9 à 14 m² | 48 100 | 42 % |
| Situées au 5e étage | 49 900 | 57 % |
| Dans des immeubles en pierre de taille | environ 92 600 | 81 % |
| Dans le 16e arrondissement | 33 946 | 30 % |
Source : APUR, Note n°94 « Les chambres de service à Paris : 85 % sont inhabitées », novembre 2015, d'après DGFiP au 1er janvier 2013 et Insee. Les parts sont calculées sur les chambres renseignées.
⚖️ Acheter une réunion de chambres : ce que le notaire va regarder
Quand un dernier étage est issu de chambres réunies, l'acheteur achète trois choses à la fois : des mètres carrés, des lots de copropriété, et l'histoire de leur réunion. Les deux dernières se vérifient dans des documents précis, et nous ne faisons pas d'offre sans les avoir lus. Les Notaires du Grand Paris détaillent les règles qui s'appliquent à ces opérations ; en voici la lecture côté acheteur.
Le premier document est l'état descriptif de division, annexé au règlement de copropriété. Si l'appartement que vous visitez y figure sous trois numéros de lots distincts, chacun désigné « chambre de service » avec ses propres tantièmes, la réunion physique a été faite sans être actée. Ce n'est pas illégal en soi, mais cela signifie que vous achèterez trois lots, que les charges resteront réparties selon trois clés, et que toute modification ultérieure du règlement dépendra d'un vote. Le second document est le procès-verbal d'assemblée générale qui a autorisé les travaux, obligatoire dès que la réunion a touché une partie commune : un mur porteur percé, une porte ouverte sur le couloir de service, une canalisation créée. Sans cette autorisation, le syndicat des copropriétaires peut, en théorie, exiger la remise en état.
- →Les lots et les tantièmes : combien de numéros de lot compose l'appartement, et la réunion a-t-elle été formalisée par un modificatif du règlement de copropriété, signé chez le notaire et publié ?
- →L'autorisation d'assemblée : si un mur porteur a été percé ou une partie commune annexée (couloir, WC de palier, débarras), le procès-verbal qui l'autorise doit exister. Les Notaires du Grand Paris rappellent que ce percement « devra être précédé d'une autorisation de l'assemblée générale ».
- →Le règlement lui-même : certains règlements anciens interdisent l'habitation ou la location des chambres de service à des personnes étrangères à l'immeuble. Une clause de ce type, jamais modifiée, peut peser sur l'usage et sur la revente.
- →L'urbanisme : réunir des chambres ne crée pas de surface, mais peut modifier le nombre de logements ; les notaires renvoient au PLU sur ce point, et une déclaration préalable est exigée dès 5 m² de surface créée. Une lucarne ouverte dans le toit, par exemple, en relève.
- →La décence : un logement décent exige une pièce principale d'au moins 9 m² et 2,20 m sous plafond, ou 20 m³, selon le décret du 30 janvier 2002. Une chambre isolée sous ce seuil s'achète, mais ne se loue pas.
📋 Le couloir de service : la partie commune que l'on oublie
Au dernier étage d'un immeuble bourgeois, le couloir qui dessert les anciennes chambres est une partie commune, avec parfois un WC ou un point d'eau collectif. Quand un appartement a été créé en réunissant des chambres de part et d'autre de ce couloir, il arrive que le couloir lui-même ait été annexé, par une porte posée à son entrée. C'est la situation la plus fréquente de régularisation impossible que nous rencontrons : l'appartement est agréable, le plan est cohérent, et une partie de sa surface appartient à la copropriété. Demandez toujours le plan de l'étage annexé au règlement, et comparez-le au plan de l'annonce.
🌡️ Sous le zinc : ce que le DPE ne mesure pas
Le toit parisien est en zinc. D'après l'enquête de l'AFP déjà citée, ce métal couvre environ 80 % des 128 000 toits de la capitale, et sa surface peut atteindre 80 °C en plein soleil. Sous ce toit, il y a vous. L'architecte du patrimoine interrogée par l'agence ne cache pas la difficulté : « La clim deviendra inévitable dans certains cas. » Le confort d'été est le vrai sujet technique du dernier étage, bien avant la vue, et c'est précisément celui que le diagnostic de performance énergétique renseigne le moins : le DPE évalue une consommation de chauffage, pas la température d'une chambre sous les combles un soir d'août.
La solution technique existe. Elle s'appelle le sarking : on dépose la couverture de zinc, on pose une couche d'isolant par-dessus la charpente, on repose une couverture neuve. L'Agence parisienne du climat la décrit comme la méthode la plus efficace ; un couple cité par l'AFP a gagné quatre degrés dans son appartement après ces travaux. Mais elle a un coût, elle se décide en copropriété puisque le toit est une partie commune, et elle se heurte au patrimoine : 94 % des immeubles parisiens relèvent d'une protection, et un isolant de plus de trente centimètres déforme le profil du toit au point de n'être plus accepté. Le sarking d'un immeuble haussmannien protégé est un compromis entre le confort des derniers étages et la silhouette de la rue.
| Question à poser en visite | Ce qu'une bonne réponse contient | Ce qui doit alerter |
|---|---|---|
| Le toit est-il isolé, et comment ? | Sarking ou isolation sous rampants, avec la date et le procès-verbal des travaux | « Il a été refait » sans précision : une couverture neuve n'est pas une isolation |
| Que se passe-t-il en août ? | Volets ou stores extérieurs, fenêtres de toit avec protection solaire, ventilation traversante | Des velux nus plein sud sans occultation extérieure |
| Y a-t-il eu des infiltrations ? | Les trois derniers procès-verbaux d'assemblée mentionnent l'état de la couverture, des chéneaux et de la zinguerie | Des traces au plafond repeintes récemment, un devis de zinguerie en attente de vote |
| L'immeuble est-il protégé ? | Le vendeur sait si l'immeuble figure au PLU bioclimatique ou dans un site patrimonial remarquable | Un projet de fenêtres de toit ou de terrasse « à faire » sans autorisation étudiée |
Grille de visite Comète pour un dernier étage. Le confort d'été s'évalue sur place, de préférence en fin de journée et par temps chaud ; le DPE ne le mesure pas.
Un mot sur le DPE, puisqu'il pèse sur le prix et sur le financement : le parc parisien d'avant 1919 est très majoritairement classé E, F ou G, et le dernier étage, exposé par le toit, en fait rarement exception. Ce n'est pas rédhibitoire, à condition d'avoir lu ce qu'implique l'achat d'une passoire thermique à Paris et de savoir que l'isolation qui compte, celle du toit, ne dépend pas de vous seul.
📐 Carrez, sous-pentes et lumière : mesurer un appartement mansardé
Un appartement mansardé se vend sur deux surfaces qui ne coïncident jamais. La « surface au sol » de l'annonce compte tout ce que les pieds peuvent parcourir ; la surface Carrez de l'acte exclut les parties dont la hauteur sous plafond est inférieure à 1,80 mètre. Sous un toit à la Mansart, la différence peut représenter une pièce entière. Rien de tout cela n'est caché : la loi impose la surface Carrez dans la promesse de vente, et une erreur de plus de 5 % ouvre un droit à réduction du prix. Mais le prix affiché, lui, a souvent été pensé au sol.
- →Exigez le mesurage Carrez avant l'offre, pas au compromis : c'est sur cette surface que vous négociez le prix au mètre carré, et que vous comparerez avec les ventes voisines.
- →Distinguez utile et habitable : une sous-pente de 1,50 m fait un excellent rangement ou une tête de lit, pas un bureau. Le plan doit montrer où passe la ligne de 1,80 m.
- →Comptez les fenêtres de toit et leur orientation : un velux plein nord éclaire sans chauffer, un velux plein sud fait les deux. La lumière du dernier étage est son premier argument, à condition qu'elle ne devienne pas son premier défaut en été.
- →Vérifiez la hauteur au point le plus haut : certaines réunions de chambres ont conservé un faux plafond ancien ; le volume réel est parfois au-dessus, et parfois non.
🏗️ Surélévation : qui décide au-dessus de votre tête
Acheter le dernier étage, c'est acheter la question « que peut-il se construire au-dessus ? ». La réponse a changé en 2014. Avant la loi ALUR, la copropriété ne pouvait céder le droit de surélever l'immeuble qu'avec l'accord des copropriétaires du dernier étage : un veto de fait, identifié comme le principal obstacle aux surélévations parisiennes. Depuis le 27 mars 2014, ce veto n'existe plus. La surélévation, comme la cession du droit de surélever à un promoteur, se décide à la majorité de l'article 26 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire la majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voix, selon l'article 35 de la loi, tel que réécrit par les lois ALUR et ELAN.
Le copropriétaire du dernier étage garde des protections : le droit commun des troubles anormaux de voisinage, l'indemnisation d'un préjudice prouvé, et, dans les immeubles à plusieurs bâtiments, la confirmation du vote par une assemblée spéciale du bâtiment concerné. Mais il ne peut plus, seul, empêcher un chantier de deux ans au-dessus de son plafond, ni la perte du statut qui a justifié sa surcote. À l'inverse, la surélévation est parfois une opportunité pour lui : acheter le droit de surélever au-dessus de son propre lot, et transformer un dernier étage en duplex avec terrasse, dans les limites du plan local d'urbanisme.
Ces limites se sont resserrées. Le PLU bioclimatique, approuvé par le Conseil de Paris le 20 novembre 2024, pose la règle en une phrase : « La surélévation est conditionnée à la création de logements et à la désimperméabilisation des cours. » Surélever pour agrandir son appartement sans créer de logement n'est plus le cas général ; les plafonds de hauteur par parcelle et les protections patrimoniales, qui touchent près de 800 adresses supplémentaires, font le reste. Nous avons décrit ce que ce plan change pour le petit immeuble faubourien, où la surélévation était le levier classique ; pour l'immeuble haussmannien, elle relève désormais de l'exception documentée.
| Question | Avant la loi ALUR (2014) | Depuis ALUR, ELAN et le PLU bioclimatique |
|---|---|---|
| Qui autorise une surélévation ? | L'assemblée à la double majorité, plus l'accord des copropriétaires du dernier étage | L'assemblée à la majorité de l'article 26, sans veto du dernier étage |
| Le dernier étage peut-il s'y opposer ? | Oui, de fait | Non ; recours de droit commun et indemnisation d'un préjudice prouvé |
| Peut-on surélever pour agrandir son lot ? | Selon le PLU de 2006 | La surélévation est conditionnée à la création de logements et à la désimperméabilisation des cours |
| Quelle hauteur ? | Plafonds du PLU de 2006 | Plafonds de hauteur par parcelle du PLU bioclimatique, protections patrimoniales renforcées |
Sources : loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, articles 35 à 37-1 (Légifrance) ; loi ALUR du 24 mars 2014 ; Ville de Paris, PLU bioclimatique approuvé le 20 novembre 2024. Chaque projet dépend de la parcelle : consulter le portail des règles d'urbanisme avant tout vote.
💡 Lire les procès-verbaux d'assemblée comme un dernier étage
Sur un dernier étage, les trois derniers procès-verbaux se lisent avec une grille propre : toiture, zinguerie, chéneaux et infiltrations d'abord, parce que vous en serez le premier concerné ; puis toute mention d'une étude de surélévation, d'une cession du droit de surélever ou d'un promoteur qui a approché le conseil syndical ; enfin le sort des chambres de service restantes du palier, vendues, réunies ou laissées vides. Un dernier étage dont la copropriété discute une surélévation n'est pas un mauvais achat, mais ce n'est pas le même achat.
📍 Cas de chasse : un dernier étage de deux chambres réunies
📍 Un « deux pièces sous les toits » dans le 17e, 31 m² annoncés
Sixième étage avec ascenseur jusqu'au cinquième, puis un demi-niveau à pied. L'annonce parle d'un deux-pièces de 31 m² ; le mesurage Carrez demandé avant l'offre en donne 24, le reste étant en sous-pente. L'état descriptif de division révèle deux lots, deux chambres de service, jamais réunis dans le règlement ; les procès-verbaux ne mentionnent aucune autorisation pour la porte ouverte entre les deux. Nous ne renonçons pas : le bien est lumineux, le toit a été isolé lors du ravalement quatre ans plus tôt, et la copropriété est saine. Nous négocions sur la surface Carrez, faisons inscrire dans la promesse l'engagement du vendeur de présenter la réunion des lots à la prochaine assemblée, et notre cliente achète en connaissance de cause, un modificatif de règlement à sa charge, pour un prix aligné sur 24 m² et non sur 31.
Ce cas dit ce que nous répétons à chaque visite sous les toits : le dernier étage n'est ni un piège ni une évidence. C'est un bien qui demande à être lu dans trois documents que l'annonce ne montre pas, le règlement de copropriété, les procès-verbaux et le mesurage, et à être visité à l'heure où il révèle son vrai climat. Un bon dernier étage est un excellent achat ; un dernier étage acheté sur sa lumière seule est une déception à six mois.
✅ La check-list du chasseur avant une offre sur un dernier étage
- →L'ascenseur monte-t-il jusqu'à l'étage ? Un ascenseur qui s'arrête au cinquième ne fait pas un dernier étage « avec ascenseur », et la surcote de 2017 ne s'applique pas.
- →Combien de lots, et réunis comment ? État descriptif de division, modificatif du règlement, autorisation d'assemblée pour tout percement ou annexion de partie commune.
- →Quelle surface Carrez ? Mesurage avant l'offre ; négociation au mètre carré Carrez, jamais au sol.
- →Le toit est-il isolé, et depuis quand ? Procès-verbaux, factures, nature des travaux ; visite en fin d'après-midi par temps chaud si la saison le permet.
- →Que dit la copropriété du toit ? Infiltrations, zinguerie, ravalement, et toute mention de surélévation ou de cession du droit de surélever. Le relevé de charges complète la lecture.
- →Que reste-t-il sur le palier ? Chambres vides, couloir commun, WC de palier : ce sont vos voisins, vos parties communes, et parfois vos futurs mètres carrés.
Ces six questions tiennent dans notre check-list de visite, mais un dernier étage les pose toutes en même temps, et c'est ce qui le rend si particulier à chasser. Quand les réponses sont bonnes, c'est le meilleur appartement de l'immeuble. Quand elles manquent, c'est celui qu'on regrette. Nous préférons le savoir avant l'offre, et négocier le prix sur ce qui est établi plutôt que sur ce qui est promis.
❓ FAQ : acheter un dernier étage à Paris
Un dernier étage vaut-il vraiment plus cher à Paris ?
Oui dans un immeuble avec ascenseur : 19 % de plus au mètre carré entre le rez-de-chaussée et le sixième étage, et près de 25 % lorsque le dernier étage est une ancienne chambre de bonne, selon l'étude MeilleursAgents de 2017, la seule mesure publiée. Sans ascenseur, non : le sixième vaut légèrement moins que le deuxième, et c'est le quatrième qui est l'étage le plus cher.
Comment savoir si un appartement sous les toits est une réunion de chambres de bonne ?
En lisant l'état descriptif de division annexé au règlement de copropriété : plusieurs numéros de lots, des tantièmes séparés et la désignation « chambre de service » signalent une réunion non actée. Il faut ensuite vérifier qu'un procès-verbal d'assemblée a autorisé les travaux touchant aux parties communes, et qu'un modificatif du règlement a été signé chez le notaire.
Peut-on acheter une chambre de bonne de moins de 9 m² pour l'habiter ?
On peut l'acheter et l'occuper soi-même, mais pas la louer : un logement décent exige une pièce principale d'au moins 9 m² et 2,20 m sous plafond, ou un volume de 20 m³. L'APUR recense 58 300 chambres de service parisiennes sous ce seuil, soit plus de la moitié du parc.
Le copropriétaire du dernier étage peut-il s'opposer à une surélévation ?
Plus depuis la loi ALUR de 2014. La surélévation et la cession du droit de surélever se votent à la majorité de l'article 26 de la loi de 1965, soit la majorité des copropriétaires représentant les deux tiers des voix, sans l'accord spécifique des copropriétaires du dernier étage. Ceux-ci conservent les recours de droit commun et l'indemnisation d'un préjudice prouvé.
Fait-il vraiment trop chaud sous un toit en zinc ?
Le zinc couvre environ 80 % des toits parisiens et sa surface peut atteindre 80 °C au soleil. Sans isolation de la toiture, par sarking notamment, ni protections solaires extérieures, les derniers étages sont les plus exposés aux fortes chaleurs. Le DPE ne mesure pas ce confort d'été : il faut demander la nature et la date de l'isolation du toit, qui relève de la copropriété.
Que vérifier dans les procès-verbaux d'assemblée pour un dernier étage ?
L'état de la toiture, de la zinguerie et des chéneaux, les infiltrations déclarées, le ravalement, tout projet de surélévation ou de vente du droit de surélever, et le sort des chambres de service restantes sur le palier. Ces points concernent le dernier étage avant tous les autres lots.
La surface Carrez d'un appartement mansardé compte-t-elle les sous-pentes ?
Non. Les parties dont la hauteur sous plafond est inférieure à 1,80 m sont exclues de la surface Carrez, qui figure obligatoirement dans la promesse de vente. La surface au sol d'une annonce peut donc être nettement supérieure à la surface de l'acte, et c'est sur cette dernière que le prix au mètre carré se négocie.
Nous lisons le dernier étage avant que vous ne l'achetiez
Chez Comète, nous chassons exclusivement pour les acheteurs, à Paris intra-muros. Règlement de copropriété, procès-verbaux, mesurage, isolation du toit : nous vérifions ce qu'un dernier étage est vraiment avant l'offre, et nous négocions sur ce qui est établi.
Parler à un expert Comète
Marie Topol
Chasseuse et architecte d'intérieur, associée
Marie chasse et lit les biens en architecte : volumes, lumière, potentiel de travaux. C'est elle qui voit ce qu'un appartement peut devenir.
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